Êtes-vous prêt à devenir un serial loueur pour emprunter plutôt que posséder ?

Êtes-vous prêt à devenir un serial loueur pour emprunter plutôt que posséder ?

La tendance s’installe peut être plus timidement en France que chez nos amis anglophones, mais les adeptes de cette mode en sont totalement accro. Le signe d’une évolution des modes de consommation pour mieux acheter, pour se sentir plus libre.

Selon une étude de l’Observatoire des consommations émergentes (ObSoCo), en mars 2018, presque un Français sur cinq (18%) a eu recours à une location ou a un achat de seconde main ces douze derniers mois. La nouveauté est que désormais ce sont les particuliers qui se louent des objets entre eux.

“Ce phénomène est né aux États-Unis où, après la crise de 2008, une partie de la population est progressivement passée de l’économie de la possession à l’économie d’usage. C’en était fini des cinq téléviseurs et des trois voitures par foyer : les gens se sont dit qu’il était plus intelligent de partager ce dont ils ne se servaient jamais”, explique Benjamin de Fontgalland, fondateur du site Placedelaloc.com.

« La location n’est pas réservée aux pauvres ! »

En 2016, Delphina Tomaszewska a créé Dresswing, un site de location de vêtements et d’accessoires entre particuliers. Tout a commencé en 2012, lorsqu’elle a cherché à louer une robe de soirée dans un showroom. Déçue par l’offre – démodée et trop connotée luxe -, elle a continué à s’adonner à son passe-temps favori : le shopping.

Le déclic s’est produit lors d’un voyage au Brésil. « Toutes les filles étaient folles de mode. L’une d’elles m’a ouvert son dressing qui ressemblait à une vraie boutique. Passé l’excitation, j’ai compris que ce qui n’avait plus de valeur pour elle en avait beaucoup pour moi », raconte-t-elle. Sur Dresswing, on peut puiser directement dans le dressing d’autres femmes vivant à proximité pour 5 à 10% du prix en magasin. Ainsi, un sac Chanel se loue entre 70 et 200 euros pour huit jours. La transaction s’opère entre particuliers, le paiement est géré par le site.

« La location redonne du sens à ces vêtements qui dormaient dans les placards et nos clientes se constituent une petite cagnotte », indique la fondatrice, qui assure avoir ainsi remboursé une robe neuve achetée 450 euros en la louant une dizaine de fois 40 euros. « Et elle est toujours dans mon dressing ! » se réjouit-elle.

« La location n’est pas réservée aux pauvres ! » ajoute Delphina, citant l’une de ses loueuses assidues, une architecte qui vit dans un confortable 350 m2 place de la Madeleine à Paris et au dressing riche de 120 pièces de luxe. « Elle n’a pas besoin d’argent, mais elle adore l’idée de faire fructifier son capital textile. »

La consommation collaborative

La préoccupation éthique est un pilier de la consommation collaborative. Marc Jacouton, spécialiste dans l’accompagnement RSE des entreprises et expert en économie de la fonctionnalité, y voit une rupture clairement générationnelle. « La problématique de la propriété et de l’économie de fonctionnalité s’inscrit dans la façon de se comporter, d’acheter et de vivre des générations Y et Z », soutient-il, considérant l’économie de fonctionnalité comme un vrai pendant à l’économie circulaire qui se développe chez les jeunes générations.

Une logique de « slow consommation » dans laquelle se retrouve aussi Benjamin. Ce journaliste parisien de 33 ans a l’habitude de louer ses outils de bricolage sur une plate-forme collaborative. « J’habite dans 20 m2 en plein cœur du Marais et je n’ai ni la place ni l’envie de garder ce genre d’objets. Et je ne suis pas très matérialiste », confie-t-il. Utilisateur de BlaBlaCar et de Vélib’ pour ses déplacements, il ne prône pas, pour autant, la dé consommation. « Il ne s’agit pas forcément de consommer moins, mais mieux » – préférant plutôt consacrer son budget aux voyages, aux loisirs et à une alimentation bio.

Simple, rapide et accessible

Toutes ces offres, à commencer par celles entre particuliers, ne pourraient exister sans le digital, qui facilite le lien. Et avec les plates-formes numériques, oubliées la location à l’ancienne avec chèque de caution et la franchise en cas d’accident. L’assurance est comptée dans le prix de la location et l’ergonomie du site Internet est reine. Il faut que ce soit simple, rapide et accessible. Tout le monde doit pouvoir y avoir accès, n’importe quand, n’importe comment et n’importe où.

De là à ce que l’économie d’usage se substitue à l’économie de marché, le chemin est encore long. Mais ce boom de la location est assurément un marqueur des mutations des modes de vie et de consommation.

(Les Echos, Eugénie Deloire, 7 décembre 2018)

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