Le rétro-cool peut sauver le monde !

Le rétro-cool peut sauver le monde !

L’esthétique vintage s’impose en mode, en déco et en food. Dans leur livre « Rétro-cool, comment le vintage peut sauver le monde », Nathalie Dolivo et Katell Pouliquen décryptent cette tendance qui se révèle plus profonde qu’il n’y paraît.

Au rythme fou où prospère la lame de fond vintage, la consommation de fripes dépassera dans dix ans celle de la fast fashion (comprendre Zara, Mango ou H&M). Damned ! Et les premiers adeptes de l’esthétique rétro, de la recherche du beau vêtement ou de l’objet rare dans les vide-greniers ne sont pas les vieux nostalgiques en quête de leur enfance perdue : 40 % des millennials ont acheté de la mode vintage l’an dernier, explosant de loin les scores des plus âgés. Bon sang, mais que se passe-t-il ?

La culture vintage informelle, flanquée de ses boutiques de fripes, de ses bistrots dans leur jus, de ses néo-artisans réhabilitant des savoir-faire anciens (+ 30 % en dix ans, en France), est une déferlante dans toutes les grandes villes du monde. Elle a des addicts de tous âges et de tous horizons sociaux, des égéries (Jane Birkin en tête) et des influenceuses chics (Caroline de Maigret, Alexa Chung, Chloë Sevigny). Les outils de l’ultramodernité lui servent de relais puissants : les réseaux sociaux sont devenus des robinets à références rétro, nourris par les millennials dont les « fripes trips » ringardisent les virées shopping.

Même les créateurs de la mode et du luxe, sommés de produire toujours davantage et plus vite, fournissant jusqu’à six, voire huit, collections par an, puisent leurs inspirations dans le passé comme jamais, brassant jusqu’au vertige les repères esthétiques désuets sans plus aucun souci chronologique. Le tout sous l’œil extralucide de la jeunesse, bien trop avertie pour ne pas tomber dans le panneau du fake marketing, qui déjà essaie de leur refourguer de la fausse fripe made in China, du néo-bistrot un peu toc, de la cuisine toute faite estampillée « grand-mère ».

« Les gamins d’aujourd’hui peuvent être à la fois fascinés par Louis Vuitton ou Virgil Abloh, et par le circuit alternatif des fripes, qui leur permet de se distinguer, explique Katell Pouliquen. Ils mixent les références et ne sont dupes de rien : ils jouent avec les codes et décryptent souvent finement les stratégies marketing qui les ciblent. On a été frappées de voir aussi comme ils sont conscients des enjeux écologiques de notre époque… L’industrie de la mode est la deuxième plus polluante au monde, derrière celle de la pétrochimie. Acheter des vêtements de deuxième main, c’est donc une façon de réduire son empreinte écologique. »

« Les convertis au rétro nous apprennent qu’avoir une conscience aiguë du monde n’est pas forcément rabat-joie, nuance Nathalie Dolivo. Pour eux, il ne s’agit pas d’arrêter totalement de consommer pour sauver la planète. Leur philosophie parle de retrouver des émotions esthétiques joyeuses et positives, sans participer à la destruction du monde. Leur vision est à la fois hédoniste et consciente. » « Les rétro-cool aspirent à un monde moins conformiste et moins avide, plus durable et responsable, résume Katell Pouliquen. Mais ils revendiquent aussi une forme de légèreté, une candeur devant la beauté de l’ancien, ils réhabilitent l’émerveillement face à une trouvaille de broc’, même dérisoire, mais chargée d‘histoire et d’imaginaire. » Le salut collectif par le charme fou du vintage, enfin une bonne nouvelle ?

Elle, Dorothée Werner, 16 novembre 2018)

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